MODELE D’EVOLUTION DE FREINS EN FONCTIONNEMENT

 

J-M Parot

Conseil scientifique


1/ Introduction

 

Les instabilités en dynamique sont des phénomènes assez surprenants, où un mouvement vibratoire, voire parfois explosif, se développe sans qu’aucune force extérieure n’apparaisse comme imposant cette évolution. On peut en rencontrer dans une grande variété de situations. La mécanique des fluides (turbulence, convection naturelle, combustion, etc...) en offre une multitude d’exemples. Mais on rencontre aussi des instabilités en mécanique du solide. Ici il est question d’une instabilité thermo-mécanique observée sur les freins à disque.

Les hypothèses principales sont les suivantes:

 

# négliger les évolutions “rapides” et ne s’intéresser qu’aux grandeurs moyennes sur un tour.

# négliger les phénomènes de plasticité ou de fissuration.

 

Cette approche est adaptée à une analyse des transitoires thermiques préalables à une éventuelle fissuration.

Le modèle prend en compte:

# le dégagement de chaleur à l’interface, variable avec la pression de contact

# la dilatation thermique

# la diffusion de la chaleur

# des pertes thermiques vers l’extérieur


2/ Analyse des phénomènes

 

Dans ce cadre, l’évolution en température lors d’un freinage se compose de deux termes.

L’un correspond au dégagement global d’énergie thermique sur la surface de contact; il est

piloté par la force de freinage.

L’autre est une instabilité thermoélastique: au sein du système plaquettes-disque peuvent se

développer des modes thermoélastiques instables, à croissance initiale exponentielle. Ils se

manifestent par une répartition différenciée de la température sur le rayon du disque et

expliquent l’apparition de cercles chauds. Si leur taux de croissance est assez élevé, ils peuvent

fournir une contribution majeure à l’évolution thermique et générer des gradients de

température conséquents.

 

 

 

Ces modes ont deux caractéristiques importantes:

# leur évolution est indépendante de la force de freinage, tant qu’on reste dans un contexte

linéaire” (pas de décollement de l’interface); cette évolution est, on vient de le dire,

exponentielle.

D’où le danger potentiel de freinages modérés de longue durée.

# parmi les différents modes existants, l’apparition effective de tel ou tel mode est contrôlée

par les “défauts” du système plaquettes-disque, défauts qui peuvent aussi bien provenir de la

conception du système que des freinages antérieurs. Cet effet “historique” des freinages

passés est apte à expliquer l’évolution plus ou moins erratique de la position des cercles

chauds au fil des freinages.

 


3/ Illustration

 

Une description réaliste doit faire appel au couplage de modèles éléments finis thermiques et

élastiques avec prise en compte de la génération de chaleur à l’interface.

Cependant, pour une illustration rapide, une approche analytico-numérique a été menée à bien

dans une situation simplifiée: plaquettes non conductrices, disque semi-infini en épaisseur,

comportement thermoélastique caractérisé par par un simple coefficient de “réactivité

thermoélastique” du système, exprimé en Pa/°K.

Un calcul Maple V fournit alors la forme et le taux de croissance des premiers modes instables.

Le taux de croissance a de chaque mode s’exprime très simplement à partir des paramètres du

sytème (où n’intervient pas la force de freinage) et d’une fonction f obtenue par résolution

numérique.

a = (c / L2 ) f ( (L(lkVa-r))/ (cr cp ))

L et l sont des paramètres dimensionnels, k le coefficient de frottement, c la diffusivité thermique, V la vitesse, a une constante thermoélastique du système, r le coefficient de pertes thermiques par échange avec l'extérieur , r cp la chaleur spécifique volumique.

Par exemple avec L=0.3m, l=1m, k=0.3, V=10m/s, a=10000 Pa/°K, r=200 W/m/°K,

c=0.000012 m²/s, r cp=4,6 106J/°K/m², on trouve a = 0.082 s-1 pour le premier mode instable,

soit un temps caractéristique de 12 s. Le phénomènes de cercles chauds se développe donc pleinement si le freinage, quelle que soit son intensité, dure quelques dizaines de secondes.

 

 

contacter j-m Parot:

jean-marc.parot@wanadoo.fr

 

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